Pour être tout à fait honnête, lors de la réception de l’album, votre rédacteur a émis un grand doute quant au suivi promotionnel de l’objet en question. Avant d’écouter le support, la lecture de la bio jointe s’imposait, et les divers éléments suivants n’inspiraient pas confiance… Groupe pratiquant un black-metal industriel utilisant des beats électroniques, atmosphère technoïde, guitares aiguës, disque résolument expérimental, paroles et textes en français, en gros cinq prétextes qui n’encouragent pas le fan de black old-school que je suis à franchir le cap de l’écoute. Et pourtant…
Quand je parle de black old-school, mes références vont de « Fullmoon Mysticism » d’Immortal, au « Nothern Sky » de Dark Throne, « Pagan Fire » d’Enthroned, « Far Away From The Sun » de Sacramentum, les premières démos de Burzum, et le premier Beherit. Autrement dit, à des années lumières de ce qui se fait maintenant. Et pourtant… (bis)

Par conscience professionnelle, une écoute de l’album se pose quand même, je place le cd dans la platine, je m’attends à un riff de guitare cradingue saupoudré d’une prod à la Fischer-Price, et pas du tout ! Après une intro glaçante à souhait à faire flipper le plus vaillant des métalleux, le premier morceau démarre, une machine suintante se met en route. S’en suivent les cinquante minutes d’un disque qui demande toute votre attention. Handle with care.
Et ouais les gars, ici pas de production douteuse à la Varg Vikernes mais un son qui donne un caractère ample à l’ensemble, des « beats » intelligents mixés en profondeur, des guitares tranchantes à souhait, et fait inédit dans toute l’histoire du black depuis sa création, un chant audible ! Oui ma bonne dame, pour la première fois de son existence, l’auditeur francophone va enfin comprendre ce qu’il écoute. Fait beaucoup trop rare pour que ce ne soit pas notifié.

Alors oui, il faut un minimum de concentration pour se mettre dans les paroles c’est vrai, mais en restant attentif on comprend tout ce que Torve éructe. C’est pas du Molière, mais plutôt la dark-side de chacun de nous, chaque couplet met en avant le côté le plus dégueulasse de tout individu. C’était jusque là impossible dans le genre, avant que Woest ne le concrétise. Suggéré ou joué peut-être, mais pas affirmé avec autant de conviction. La métaphore, n’est pas pour Woest.
L’esprit black old-school malsain et dérangeant est bien présent le long des neuf morceaux, et quitte à pousser le vice, on trouve même une certaine influence du thrash-metal de nos amours, avec une référence au riff du « Dead Skin Mask » de Slayer, dans le morceau « Déterminé à sentir la merde ».
Amis de la poésie et des belles lettres, passez votre chemin. Comme vous l’aurez sans doute compris on est à des années lumières de la distinguée langue de Victor Hugo, et en prenant connaissance du track-listing l’envie de déguster son quatre-heure est remise à plus tard, si on veut le garder tout du moins. Je vous laisse le soin de le découvrir par vous même à la suite de ces lignes. Et ce n’est pas du goûter dont je parle.

Pour être tout a fait objectif, on est en présence d’un album qui repousse vraiment les limites du style, la compréhension des textes en français y est pour beaucoup, le rendu (ou vomi, warf warf warf !) de la production donne du coffre à l’ensemble, donnant une certaine force de caractère au disque.
Maintenant, est-ce un album que je vais écouter régulièrement, j’en doute fort, mais ce n’est pas pour autant que « Vomir à Outrance » est dénué d’intérêt. Loin s’en faut, et cette chronique le prouve.
Woest « Vomir à Outrance », disponible depuis le 28 Novembre 2025 – Source Atone Records
Track-listing : Intro / Dionysiaque / Sous-Sol / L’Humiliation Dans Le Sang / Les Déchets de l’Ame / Déterminé à Puer la Merde / Vomir à Outrance / Brûler / Ode à La Pluie / Hidden Track
Guillaume