Hard Rock

Gut-Scrapers – Le son de la persévérance

La formation originaire de Nîmes, nous revient en forme et en force, avec un nouvel EP disponible depuis mi-Novembre, et surtout une nouvelle identité vocale en la présence de la chanteuse Tracey Ors. Histoire de faire le point, quelques questions s’imposaient auprès de Fred (guitare) et Tracey…

Fred, Gut-Scrapers est de retour avec le nouvel EP « Twelve Rays ». Que s’est-il passé dans les grandes lignes depuis la sortie de Getting Through en 2017 ?

Depuis « Getting Through » en 2017, on a traversé des périodes intenses, avec des hauts et des bas qui nous ont profondément transformés. Après la sortie de l’album, on a eu la chance exceptionnelle d’assurer la première partie des Scorpions aux Arènes de Nîmes – c’était un moment fort de notre carrière, une vraie consécration pour un groupe de Nîmes.

En 2020, on a sorti « The Storm Will Pass », un single qui résonnait particulièrement avec le contexte mondial de l’époque. Mais le vrai tournant, c’est l’été 2022. William, Thierry et Pierre ont quitté le groupe. Plutôt que de baisser les bras, avec Olivier, on a vu ça comme une opportunité de renaissance. Dawoud Bounabi nous a rejoints à la batterie dès septembre 2022, apportant une nouvelle dynamique rythmique.

Le changement le plus marquant est arrivé en décembre 2023 avec l’arrivée de Tracey Ors au chant. Le passage d’une voix masculine à une voix féminine, c’était un vrai pari artistique, mais ça a insufflé une énergie complètement nouvelle au groupe. Les réactions du public lors de nos concerts avec cette nouvelle formation ont été très enthousiastes, ça nous a confortés dans cette direction.

En parallèle, on a travaillé sur une nouvelle identité visuelle plus moderne et épurée, pour refléter cette maturité artistique. Tout ça a abouti à « Twelve Rays », qu’on a sorti en novembre 2025.

Le EP marque l’arrivée de Tracey Ors au chant. Intégrer un chant féminin à la musique du groupe était une réelle volonté de montrer Gut-Scrapers avec une sorte de nouveau visage, aussi bien identitaire que musical, comme repartir de zéro ?

Non, justement, on ne voulait surtout pas repartir de zéro. On a 17 ans d’histoire, des albums dont on est fiers, des centaines de concerts, la première partie des Scorpions aux Arènes de Nîmes… Tout ça, c’est notre ADN, notre fondation. L’idée n’a jamais été d’effacer ça.

Après les départs de 2022, on a cherché, auditionné pas mal de chanteurs et de chanteuses – tous très bons techniquement. Mais avec Tracey, l’alchimie a opéré dès les premiers instants. C’était inexplicable, inattendu, mais tellement évident ! On n’a pas choisi une voix féminine par stratégie ou pour faire différent – on a choisi Tracey parce que c’était elle.

Sa voix a apporté une énergie inédite, une dimension qu’on n’avait jamais explorée auparavant. Ça nous a poussés à repenser notre approche, à oser des choses nouvelles, tout en gardant cette puissance rock qui fait notre signature depuis toujours. C’est pas une rupture, c’est une renaissance – on conserve notre essence, notre authenticité, mais on l’enrichit.

Les réactions du public en concert nous ont confortés dans cette direction. Les gens ressentent qu’il y a quelque chose de différent, mais ils reconnaissent aussi l’esprit Gut-Scrapers. C’est exactement ce qu’on voulait : évoluer sans se renier.

« Twelve Rays » est avant tout un EP de blues bien ancré dans le dur. La voix de Tracey a eu une certaine influence dans ta manière de composer ?

Oui, clairement. Quand on a travaillé les lignes de chant, on a cherché à exploiter ce côté blues qui était déjà dans notre ADN. Mais la palette de Tracey est vraiment large – elle peut emprunter tantôt au punk, tantôt à la soul, tantôt au hard-rock. C’est dans ce sens-là que ça a influencé ma manière de composer : j’avais soudain accès à une palette vocale beaucoup plus étendue.

Mais en réalité, il s’agit surtout de compositions à quatre personnalités maintenant. On part d’une base hard-rock solide, et dessus on fait notre cuisine. Dawoud à la batterie apporte son groove, Olivier sa solidité à la basse, moi mes riffs, et Tracey vient poser sa voix avec toute sa versatilité. C’est vraiment un travail collectif au service de la musicalité où chacun amène sa couleur.

Quel a été le rôle de Tracey sur ce nouvel EP ?

Tracey a apporté énormément de musicalité, notamment sur les lignes de chant. Elle est arrivée avec des idées d’harmonisation vraiment astucieuses qu’on n’aurait pas forcément explorées sans elle. On a travaillé tout ça ensemble pendant les pré-prods de « Twelve Rays » – c’était un vrai travail collaboratif. Elle ne s’est pas contentée de chanter ce qu’on lui proposait, elle a vraiment participé à la construction vocale des morceaux, apporté sa vision. Ça fait partie de cette alchimie dont je parlais : elle a tout de suite compris où on voulait aller et elle nous y a amenés avec sa propre sensibilité.

Peut-on dire qu’avec le symbole de la coquille St Jacques sur la pochette du EP, que Gut-Scrapers part en pèlerinage pour se retrouver, ou le groupe a atteint son Compostelle ?

Ah, merci pour la référence dans la question ! Mais la réponse, c’est ni l’un ni l’autre. On est sur le chemin depuis 17 ans maintenant, avec de belles étapes déjà passées, d’autres qui se vivent en ce moment, et plein d’autres à venir. On n’a aucune idée du nombre de kilomètres qu’il reste à parcourir, et finalement c’est tant mieux. Tant qu’il y a du plaisir sur le chemin, c’est excitant de le parcourir.

La coquille, c’est pas un point d’arrivée ou de départ – c’est le symbole du chemin lui-même, de cette marche continue. Et ces douze rayons, c’est toute la richesse, toute la diversité qu’on peut explorer en partant d’une même source.

Quels sont les retours que tu as eu depuis la sortie du EP ?

Franchement, on est vraiment touchés par l’accueil. Les retours des fans ont été incroyables – beaucoup nous disent qu’ils ressentent cette nouvelle énergie, qu’ils retrouvent l’essence de Gut-Scrapers mais avec quelque chose de frais. On a eu des messages très émouvants, des gens qui nous suivent depuis des années et qui nous disent que cette transformation leur parle, que Tracey apporte quelque chose de vraiment puissant. Ça nous fait chaud au cœur.

Du côté de la presse spécialisée, on a eu un très bel accueil aussi. Plusieurs webzines rock et metal ont relayé la sortie, on a eu des chroniques très détaillées qui ont vraiment pris le temps d’analyser les morceaux, de comprendre notre démarche. On a aussi été invités pour des interviews, des échanges vraiment sympas avec des gens passionnés.

Ce qui ressort souvent dans les retours, c’est cette notion de « renaissance » – les gens ont compris qu’on ne repartait pas de zéro mais qu’on évoluait. Et beaucoup soulignent la force de la voix de Tracey, comment elle s’intègre parfaitement tout en apportant cette dimension nouvelle. C’est exactement ce qu’on voulait transmettre.

« Twelve Rays » est il le préambule d’un album à venir ?

Oui, clairement. On travaille déjà dessus. D’ailleurs, en live, il y a déjà deux compos qui ne figurent pas sur l’EP et qui sont dans notre setlist. On a beaucoup de matière, et elle semble même exponentielle – les idées continuent de venir, l’inspiration est vraiment là avec cette nouvelle dynamique de groupe.

Mais on ne veut pas trop en dévoiler pour l’instant. On préfère rester concentrés sur le présent, laisser « Twelve Rays » vivre sa vie, tourner avec ces morceaux, voir comment le public les reçoit sur scène. Chaque chose en son temps.

Que souhaiter à Gut-Scrapers pour 2026, et est-ce que des dates sont déjà bookées pour l’année prochaine ?

Justement, on pourrait souhaiter qu’elles se bookent nombreuses ! Parce que c’est vraiment difficile de trouver sa place dans le le circuit. Les années 20 ont laissé des traces profondes – beaucoup de concerts reportés, et quand les lives ont repris, les calendriers avaient déjà un an d’avance. Du coup, trouver un interstice… Et pendant ce temps, on a pris le temps nécessaire pour que le projet artistique qu’on propose soit cohérent, mais forcément on n’était pas au booking. Tu vois le tableau.

Ce qui est difficile aussi, ce sont les conditions proposées à la plupart des groupes en France. Jouer au chapeau, c’était possible pour nous quand on avait 20 ans. Aujourd’hui, il y a malgré tout une réalité économique qui restreint le nombre de clubs où tu peux te produire quand c’est ton métier – ce qui est notre cas. On aimerait faire appel à une agence de booking, mais les agences sérieuses s’intéressent à toi surtout quand tu n’as plus vraiment besoin d’elles, tu vois le paradoxe.

Donc voilà, ce qu’on souhaite à Gut-Scrapers pour 2026, c’est un calendrier bien rempli de dates live, et aussi des sessions studio pour composer l’album à venir. On a la matière, on a l’énergie, maintenant il faut que les opportunités suivent.

Tracey, peux-tu me présenter ton parcours musical, et quelles ont été les circonstances pour que tu rejoignes Gut-Scrapers ? 

Disons que je suis née au milieu de la musique ; mon père est guitariste et ma mère baignait dans le punk. Je réalise que j’ai jamais vraiment « débuté » un parcours musical ;  aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours joué avec les synthés de mon père et chanté avec lui.

Puis en grandissant, j’ai eu plusieurs groupes de rock, de jazz, de pop rock, tout en continuant de jouer avec mon père, puis ma sœur, puis des potes… et c’est par ce biais que je suis arrivée dans une école de musique ; j’ai rencontré Fred, qui était prof dans cette école et c’est lui qui m’a dit de venir passer une audition. J’avais aucune idée de l’ampleur du projet.

Il y a eu tout de suite une connexion humaine et musicale, une envie commune d’aller vers quelque chose de plus instinctif, sans trop de filtres. Ça s’est imposé assez vite comme une évidence. C’est comme ça que j’ai rejoins le projet. 

Le grain de ta voix est très bluesy et apporte une certaine hargne mélodique au son du groupe. Quels sont tes influences vocales, et est-ce difficile de prendre le lead vocal dans un groupe dans lequel chantait un homme ?

Je le prends comme un super compliment déjà, donc merci ! J’ai toujours voulu tout écouter ; que ça soit du blues, de la musique classique, du métal extrême, de la country mais aussi du Jazz , je crois que tout m’influence je pense.

Mais j’imagine que les racines de mon chant, je dirais qu’elles se situent entre Elvis, Creedence, Dinah Washinghton et Billie Holiday. Plus tard, vers quinze ans, j’ai commencé à explorer toutes les facettes du Rock, et toutes les ramifications de celui – ci ; j’ai puisé chez Metallica, ACDC, The Clash… et l’exploration a continué et continue encore aujourd’hui. 

Concernant le lead vocal, je ne l’ai jamais abordé sous l’angle du genre. La vraie question, c’était surtout de savoir si j’avais quelque chose de sincère à apporter au groupe. Chaque voix raconte autre chose, et l’idée n’était pas de remplacer qui que ce soit, mais plutôt de me poser la question : est-ce que j’ai quelque chose de sincère à apporter à ce groupe ? Est – ce que je peux apporter quelque – chose qui me ressemble ? Et la réponse a été directe pour moi. 

As-tu participé à l’écriture des textes de « Twelve Rays », et d’une manière générale quels sont les thèmes qui t’inspirent ?

Alors pour être tout à fait transparente, non je n’ai pas participé à l’écriture des textes pour Twelve Rays. 

Je me suis rendue compte que je ne pouvais écrire que lorsque j’avais un truc à exorciser, un truc à dire qui me brûlait, presque dans l’urgence. 

D’une manière générale, je suis inspirée par ce qui touche à la lutte intérieure, aux zones d’ombre avec soi – même ; aux contradictions humaines qu’on peut avoir dans nos propres comportements, là où on peut se dire « oh wow, mais cette partie – là de moi, c’est moi aussi ? » C’est aussi une forme de résistance, de mouvement, de remise en question, mais aussi de fidélité vis à vis de soi même.

Ne pas se trahir, et faire face à ce que nous sommes, avec nos faiblesses et nos forces. J’aime les textes qui laissent de la place à l’interprétation plutôt que de livrer un message trop frontal

Guillaume

Merci à Roger Wessier de Where The Promo Is

Gut-Scrapers « Sincere » – Extrait du EP « Twelve Rays », disponible depuis le 17 Novembre 2025 (cliquez sur la pochette pour écouter le single)

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