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La Dispute « No One Was Driving The Car »

Cet album est une torture. Pas pour celui qui l’écoute, mais pour celui qui l’interprète. Le cinquième album des natifs du Michigan, s’inspire du film « First Reformed » de Paul Shrader, et de son oeuvre en général, dans lequel on retrouve Ethan Hawke dans le rôle d’un pasteur hanté par la mort de son fils, et confronté à des multinationales douteuses qui subventionnent sa paroisse.

Le film sorti en 2017, au contexte toujours d’actualité en 2025, est un appel du coeur pour Jordan Dreyer (vocaux), qui retranscrit avec ses mots et ses sentiments les plus enfouis, les dangers de la technologie, sous toutes ses formes, lorsque celle-ci est mal utilisée et l’outrance d’un certaine usage. L’adage la dose qui fait le poison prend ici tout son sens.

Les quatorze morceaux qui composent l’album sont loin de faire partie d’une promenade de santé, et cela s’entend. Ici, point de lignes vocales travaillées, structurées, et écrites en suivant une trame musicale. Ce serait plutôt le contraire. Le lyrisme écorché de son interprète, met plus en avant la narration que la musique, presque reléguée ici au second plan.

L’urgence du récit est telle, que la composition a dû être construite autour de son intensité. Il n’a pu en être autrement. Et c’est qui a dérouté votre rédacteur. De ne pas être en présence d’un album musical a part entière, mais d’une oeuvre littéraire tourmentée mise en musique, c’est ce qui fait toute la différence.

Track-listing : 1. Shaved My Head/ 2. Man With Hands And Ankles Bound / 3. Autofiction Detail
4. Environmental Catastrophe Film / 5. Self-Portrait Backwards / 6. The Field
7. Sibling Fistfight at Mom’s Fithfieth The Un-sound / 8. Landlord Calls the Sheriff In
9. Steve / 10. Top-Sellers Banquet / 11. Saturation Diver / 12. I Dreamt of a Room with All My Friends
13. No One Was Driving the Car / 14. End Times Sermon

L’album, qui sortira chez Epitaph le 5 Septembre, ce veut réparti en cinq actes. Pour vous faire une idée, le premier, inspiré par la trilogie « Man In A Room » de Paul Shrader, dans laquelle on retrouve « First Reformed », est décrit ici par Jordan Dreyer :

Cela commence avec un homme qui examine sa propre et lente dissociation de lui-même alors qu’il se rase la tête seul dans une salle de bain la nuit, puis passe par la fenêtre ouverte d’un voisin pour entamer une conversation sur le contrôle et le désir, encadrée par l’image d’un homme vu à travers cette fenêtre: ligoté au sol avec une femme debout devant lui, probablement une travailleuse du sexe.« 

« Lorsque la femme quitte le bâtiment (son compagnon toujours attaché), le narrateur quitte le sien, suivant moins la femme que l’idée qu’elle représente dans sa propre lutte pour se reconnecter aux désirs de la vie, coupés par le temps, lui-même et les circonstances, ou peut-être fuyant l’implication qu’il tire de l’homme laissé derrière (son impuissance, peut-être, ou bien sa confiance à poursuivre quelque chose de compliqué là où le narrateur a toujours échoué).« 

« La troisième chanson le suit dans cette promenade nocturne sans destination, parmi les gens de la rue et leurs malheurs, se terminant là où il s’était inconsciemment toujours dirigé durant la nuit : l’hôpital où travaille sa partenaire, et où se produit alors une remise en question intérieure.”

Question musique, car sous ce déluge de sentiments abrasifs complexes il y en a une, la basse omniprésente sert de véritable colonne vertébrale, supportant vraiment tout, des superbes nuances des guitares à la batterie. Si vous ne connaissez pas La Dispute, orientez vous vers Black Foxxes, Quicksand, PJ Harvey, Sonic Youth (The Eternal-era). Pour les désireux de contraste, c’est du contraste…

Pour conclure, Jordan Dreyer n’est pas un chanteur, il le sait, mais un auteur-conteur contemporain, mettant à la une la bande-son d’une véritable noirceur qui touchera la sensibilité des plus fragiles. Sans faire dans le cliché, et sans vouloir en faire de trop, « No One Was Driving The Car » n’est pas un album facile d’accès à mettre entre toutes les oreilles, et nécessite plusieurs écoutes. Pas forcément les jours de pluie sous un ciel gris. Vous voilà prévenus.

Guillaume

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