
Dix ans après « Children Of Hate », les stéphanois d’Heavylution sont revenus cette année avec « The Cycle », un second album mêlant littérature science-fiction et heavy-metal de haute voltige. Ce nouveau tome est loin de laisser insensible, se veut rassembleur auprès des amateurs de Judas Priest, Iron Maiden, Gamma Ray, Helloween, qui devraient très sérieusement se pencher sur le cas du groupe qui redonne de l’intérêt à ce genre musical, que l’on croyait oublié chez nous en France, faute de visibilité. C’est Paul Eyssette, vocaliste de la formation, qui a répondu à nos questions dans l’interview qui suit…
Salut Paul ! Peux tu me présenter le line-up du groupe en 2025 ?
Salut Guillaume et merci à No Name Radio de nous accorder du temps ! Heavylution est actuellement composé de Laurent Descours, batteur, Olivier Dupont et Loïc Chalindar, guitaristes, Benjamin Vidal à la basse et moi-même Paul Eyssette au chant.
Le premier album « Children Of Hate » était sorti en 2015, pourquoi avoir attendu près de 10 ans avant d’en écouter sa suite ?
On souhaitait se faire oublier un peu pour pouvoir s’offrir un bon come-back haha !! Non bien entendu, on a été aussi impatient que notre public de voir un nouvel album sortir, mais la vie de groupe et nos vies persos en ont décidé autrement.
Pour résumer, rappelons que nous avons joué en live jusqu’en 2018, période à laquelle nous avions entamé la composition du nouvel album. A cette période nous avions commencé à subir des changements de guitaristes et Loïc venait tout juste d’arriver. Après un ultime changement de bassiste fin 2019, la formation s’est stabilisée dans sa forme actuelle lors du retour de Benjamin à ce poste.
Ensuite j’ai coutume de dire que la période de la trentaine ne nous a pas ménagés, tant en bien qu’en mal avec des heureux événéments, des changements ou des évolutions professionnelles qui ont impacté notre disponibilité pour le groupe, voir l’ont mis à l’arrêt à certaines périodes.
Au vu de ce contexte, nous avons également fait le choix de l’auto-production, d’autant plus que notre batteur Laurent venait de monter son studio de mix-mastering, le GreyWolf Home Studio. Un processus forcément un peu plus long, mais nécessaire vu la conjoncture. Bien que l’album ait été terminé à l’été 2024, il a fallu cadrer sa sortie, préparer le pressage, trouver les premières dates, préparer la promo… bref, relancer la machine !
Tout cela nous a pris beaucoup énergie sur cette période fin 2024 – début 2025, jusqu’à la sortie de l’album le 11 Avril à Saint-Etienne qui a été une réussite, nous étions enfin de retour !

« The Cycle » est dispo depuis avril de cette année. Quatre mois depuis sa sortie, quels en sont les retours ?
Les retours que l’on a sont vraiment très bons ! Nous avons la chance d’avoir eu pas mal de diffusions sur des radios spécialisées et généralement la présentation qui en est faite est très valorisante. Les nombreuses chroniques sont également très flatteuses, on est donc ravi que l’album soit accueilli de la sorte.
Les auditeurs apprécient généralement la qualité des compositions, l’implication des musiciens, les nuances au niveau du chant et le concept de la saga fondation semble avoir contribué à donner de la personnalité à l’album sans pour autant éclipser la deuxième partie qui est perçue comme un enchainement de titres efficaces et forts en terme d’impact. Que demander de plus ?
Le titre de l’album est une référence directe à l’écrivain Isaac Asimov, les quatre premiers morceaux de « The Cycle » font référence à son livre « Fondation ». Que représente Isaac Asimov pour le groupe, et pourquoi écrire en particulier à propos de ce livre ?
Pour ma part j’ai toujours été attiré par les dystopies et les paroles de Heavylution ont en sont souvent inspirées. Olivier m’avait parlé de la saga « Fondation » comme d’un classique de science-fiction et après m’y être intéressé j’ai trouvé le concept assez fascinant. Surtout en constatant qu’il y avait également un lien avec « le Cycle des robots », autre saga d’Asimov.
Ces futurs potentiels souvent satyriques sont une grande source d’inspiration pour notre musique, et nous sommes à une période où l’on commence à voir certaines œuvres littéraires se réaliser… « Fondation » nous propulse en revanche dans une dimension plus grande, avec comme point de départ un futur empire étalé sur une galaxie toute entière qui est sur le déclin et dont la chute inévitable a été prévue et prouvée par un mathématicien nommé Hari Seldon.
Cet homme devient malgré lui un prophète subversif considéré au plus haut niveau et fini par être exilé, d’où le titre d’intro de l’album. Il avait déterminé avec son équipe les conditions nécessaires à l’établissement des fondations d’une nouvelle civilisation basée sur les connaissance de l’actuelle afin de réduire fortement la période de chaos qui s’annonce. Et on apprend que son départ fait parti du Plan qui prend forme avec cette décision de l’Empire…

Pour un prochain album, Isaac Asimov sera-t-il encore de la partie, ou est-ce que d’autres auteurs de SF seront au programme ?
Ce n’est pas une certitude mais c’est effectivement possible. « Le Cycle des robots » comporte aussi des thématiques très fortes, dont certaines sont en lien avec la tournure que prend notre société. Et le « Cycle fondation » lui-même n’a pas pu être résumé de manière exhaustive en seulement 4 morceaux, des allusions à des chapitres ou aventures particulières pourraient faire leur apparition également.
Hormis Isaac Asimov, quels sont les autres de SF que vous lisez dans le groupe ?
On est pas forcément des spécialistes, mais il y a du Damasio avec notamment « la Horde du Contrevent », « Metro 2033 à 2035 » dans un style assez lugubre, « Tau Zero » de Poul Anderson, du Adrian Tchaïkovsky et puis les classiques déjà exploités dans nos précédentes productions que sont « 1984 » et « Le meilleur des mondes » etc…
Quels sont les autres sujets abordés dans les six autres titres de l’album ?
Rain Of Lies est directement inspirée de la série Chernobyl, Deadly Science de certains écrits de Hubert Reeves sur l’avenement du nucléaire et la manière dont avons transformé la compréhension de notre nature profonde en arme destructrice. Mais aussi en une source d’énergie qui, maitrisée, peut sembler abondante au vu de la quantité de matière mise en jeu à l’origine, ce qui en fait une énergie très citée et utilisée en science-fiction. Ce titre est un peu le pivot entre la saga fondation et les autres morceaux plus actuels.
The Earth Will Remain prend ses racines dans le livre «La plus belle histoire de la Terre», qui permet de prendre un certain recul sur notre position dans l’histoire de la planète. Led to Ruin, très pessimiste et plus actuel, évoque les limites de notre système et Shepherds of Fear de la récurrence de la prise de pouvoir par des dictateurs dans l’histoire et de la fascination qu’ils suscitent parfois avant d’être considérés comme l’emblême du mal. La ballade finale, quant à elle est très personnelle et m’est venue lors de la naissance de mon fils: c’est très classique, mais très authentique pour autant.
Qui a fait quoi concernant la musique et les textes du nouvel album ? De quelle manière le travail est réparti dans le groupe ?
Au global, je compose une grande partie des arrangements et l’intégralité des textes. Cependant sur « The Cycle » il y a un peu plus de mix que sur l’album «Children of Hate» puisque Rain of lies a été composée avec Loïc, Sacrifice avec Benjamin, Quest or Burden avec Olivier et Deadly Science avec notre ancien bassiste Nicolas.
Laurent a bien sûr apporté sa patte sur la partie rythmique et apporté quelques orchestrations lors du mix de part son rôle de producteur. On est vraiment content de ce mélange que l’on trouve enrichissant tout en ne dégradant pas la cohérence du style du groupe.
A la première écoute de « The Cycle », ça fait vraiment plaisir de constater qu’en 2025 des groupes français jouent encore du heavy-metal de qualité et inspiré. Quel était l’état d’esprit d’Heavylution au moment de la conception du nouvel album ? Quel était l’objectif premier ?
Je t’avoue qu’il est dur de parler d’objectif premier avec autant de délai et de péripéties en cours de route ! Cependant l’objectif a toujours été de faire des albums de la meilleure qualité possible en terme de compo et d’enregistrement, on essaye de progresser à chaque fois.
Il y a évidemment un côté performance inhérent au style, où l’on essaye de se dépasser, on ne peut pas le nier, mais la finalité est d’avoir des titres forts, construits et intenses, avec un spectre d’émotions large allant de la ballade jusqu’au titre heavy-thrash agressif. Et la considération dont tu fais preuve avec cette question nous va droit au coeur !

Et en matière de musique, quels sont vos groupes de prédilection dans Heavylution ?
Cela dépend des membres, il y a une grosse base Maiden pour la plupart d’entre-nous et qui a notamment influencé le chant et les parties de guitares avec les autres monstres du heavy classique que sont Judas et Saxon.
Egalement du heavy et speed mélodique allemand avec Helloween, Gammaray, Edguy, Blind Guardian, complété par Angra, Firewind etc…mais aussi Van Halen, Extreme, Nightwish, Skid Row, Iced Earth, Manigance et tout un pan prog et metal extrême dont allant de DGM et Symphony X à Pantera ou Gorod, Revocation…J’oubliais tout le pan thrash avec Megadeth, Testament, Annihilator… en fait on a trop de groupes fétiches haha !!!
La production de l’album est très soignée, où a t’il été mis en boîte ?
Beau compliment également… c’est donc Laurent notre batteur qui a réalisé l’intégralité du mix et du mastering avec son studio le GreyWolf Home Studio. Nous avons enregistré nous-mêmes, avec son aide. Il a fait un super boulot et nous sommes fiers de cette production.
Pour les concerts à venir, le groupe prépare The Cycle Tour il me semble…
Effectivement la période Octobre / Novembre est bien remplie:
04 Octobre au Destrock Fest à Guilers (prox Brest)
10 Octobre au Rising Fest à Dijon
18 Octobre au Rock N’Eat (Lyon)
31 Octobre au Brin de Zinc (Chambéry)
15 Novembre au Demon Bar (Outtarville prox. Orléans)
31 janvier 2026 à l’Ampérage à Grenoble.
On est actuellement en prospection pour 2026 et on aimerait faire quelques festivals sur la période allant de Mai à Septembre.

Last but not least, que penses- tu justement de la direction artistique du heavy-metal depuis ces dernières années ? Une heavylution est possible ? (ndr : je pouvais pas passer à côté…)
Dur à dire, chacun aura son avis sur la question, le heavy-metal a déjà pas mal évolué. Il s’est enrichi de multiples déclinaisons en power, speed, voir heavy-thrash, heavy-prog que nous touchons parfois du doigt. Judas Priest ont eux-même beaucoup évolué dans leur propre disco par exemple. A l’international, les sorties sont tellement nombreuses qu’il est dur de tout suivre honnêtement.
Beaucoup de groupes qui étaient à leur début assez agressifs font des morceaux un peu plus standards avec les années, et la vague power-mélodique a pris chez certains un tournant très prévisible avec des sorties qui se ressemblent et des albums qui sont de purs stéréotypes et dans lesquels je ne me reconnais pas trop.
Quant au Heavy trad comme on dit maintenant il n’a pas forcément vocation à évoluer sans fin puisque c’est comme cela qu’on l’aime ! A part en intégrant des sonorités et inspirations plus actuelles, en marge. A partir de là, le bon heavy, reste du bon heavy, que chacun fasse son tri !
Pour conclure cette interview Paul, quelque chose à ajouter ?
Encore une fois un grand merci à toutes celles et tous ceux qui ont suivis malgré ces quelques années de latence non programmées, les retours sur l’album, les partages que ce soit via la réseaux ou les radios etc… Chaque commande et chaque remerciement en concert est une victoire pour un groupe indépendant comme nous.
Pour les prochains spectateurs, venez scander nos refrains à partir d’Octobre, vous avez un peu de temps pour réviser haha !!
Bandcamp Heavylution : https://heavylution.bandcamp.com/
Facebook Heavylution : https://www.facebook.com/heavylution
Merci à Roger Wessier de Where The Promo Is pour la mise en place de cette interview.
Guillaume